La possibilité de renvoyer des articles gratuitement s’est imposée comme une loi fondamentale de notre expérience du shopping en ligne, qui nous autorise, en un clic à acheter un vêtement, l'essayer chez soi et le renvoyer s’il ne convient pas.
On garde un œil sur le compteur de nos miles aériens, on se soucie de sourcing local pour nos aliments… Quid de l’impact caché et dévastateur de l’expédition de nos vêtements à travers le monde ?
Pourquoi limiter les retours des achats en ligne ?
Pourtant, vous serez certainement étonnés d’apprendre que ces articles retournés ne reviennent pas toujours à leur point de départ pour être proposés à d’autres clients. Selon Optoro, une entreprise spécialisée dans la logistique inverse, en 2020, près de 2,6 millions de tonnes de produits retournés, souvent en parfait état, ont été envoyées directement à la décharge aux États-Unis. Une des raisons majeures de ce gâchis réside dans le coût élevé du tri des retours pour les détaillants. Comme l'explique Meagan Knowlton, directrice de la durabilité chez Optoro, "Lorsqu'un article est renvoyé, il doit être minutieusement inspecté pour déterminer s'il peut être revendu". Cependant, de nombreuses entreprises n'ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour ouvrir et contrôler chaque carton. En conséquence, ces retours sont souvent stockés et, au bout d’un certain temps, jetés, car il est souvent moins coûteux de les éliminer que de les inventorier ou de les redistribuer. En France, jusqu'en 2021, entre 10 000 et 20 000 tonnes de produits textiles neufs étaient détruites chaque année, avant que la loi AGEC n'interdise cette pratique à partir du 1er janvier 2022. À l'échelle européenne, une législation similaire a été adoptée en décembre 2023, interdisant la destruction de vêtements et de chaussures invendus, avec une mise en application progressive selon la taille des entreprises.
Le nombre croissant de retours de produits n’améliore rien à la chose. On estime qu’un client a trois fois plus de chance de renvoyer des articles achetés en ligne que des articles acquis en magasin. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de marques, comme Zara et Uniqlo, facturent des frais de retour pour les produits achetés en ligne. “De ce que j’en sais, cette décision a davantage à voir avec les coûts qu’avec des objectifs de développement durable, indique Meagan Knowlton. Nous enquêtons pour savoir si ça limite les ventes, mais je ne pourrais pas affirmer que le fait de limiter les retours de cette façon permettra de réduire le gaspillage.”
Pourtant, du point de vue de la marque Everlane, faire payer les retours aux consommateurs peut aider à les sensibiliser à l’impact de leur achat. “On facture généralement une petite somme pour les retours internationaux parce que ça encourage nos clients et clientes à bien considérer leur achat”, nous indique Agustin Farias, vice-président international et directeur général d’Everlane. “Nous voulons que notre clientèle soit consciente de ses achats et se fasse une idée du coût humain et écologique de ce processus de retour, tout en lui laissant toute latitude de pouvoir le faire si c’est nécessaire.”
Dans son nouveau livre, Andrea Cheong propose des conseils et des astuces judicieux et pratiques, comme sa méthode Mindful Monday, pour que nous n'ayons plus l'impression de n'avoir "rien à nous mettre".

Cependant, le gaspillage n’est pas le seul souci provoqué par les retours des achats sur internet, car les émissions carbones de l’acheminement se révèlent tout aussi problématiques. En effet, Optoro estime qu’aux États-Unis, en 2020, les retours d’achats en ligne sont responsables de l’émission de près de 16 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de 3,5 millions de voitures. “L’impact du transport, retours inclus, représente environ 15 % de nos émissions de CO2 chaque année, détaille Agustin Farias. Regrouper nos retours par des envois massifs, au lieu de recevoir dans nos entrepôts des retours individuels par voie aérienne permet de minimiser le gaspillage en matière d’emballage et de réduire les émissions de carbone.”
S'attaquer à la source
Les marques ont beau adopter des mesures comme la facturation de frais de retour à la clientèle et l’envoi groupé, il n’en reste pas moins essentiel de s’attaquer à la cause première du problème, soit le volume d'articles renvoyés. “Actuellement, 70 % des vêtements retournés le sont parce que la taille ne convient pas, nous explique Christine Marzanos, fondatrice et PDG de BODS, une entreprise de fashion tech. Beaucoup de clients et clientes achètent un même article en plusieurs tailles pour l’essayer chez eux car ils ne savent pas si la taille ou la coupe leur iront. Ils ignorent par la même occasion que beaucoup des articles qu’ils renvoient ne seront jamais remis en vente, ou pire, qu’ils seront jetés ou incinérés.”
Solutions
La mise à disposition d’informations au sujet de la taille et la coupe, par le biais, par exemple, de photographies des vêtements sur des mannequins de différentes corpulences, peut contribuer à limiter ces déperditions. Mais BODS veut hausser d'un cran en permettant aux consommateurs et aux consommatrices de créer leur propre avatar pendant leur shopping en ligne, afin de pouvoir visualiser ce que le vêtement donnerait sur leur corps. “En faisant primer la coupe sur la taille, l’expérience BODS offre l’opportunité de faire des achats qui reposent sur des décisions informées, ce qui diminue le nombre de retours et, par conséquent, le gaspillage”, poursuit Christine Marzano, qui a lancé une version beta de la technologie révolutionnaire de BODS avec la marque Khaite en 2021.
Il n’en reste pas moins que la sensibilisation aux achats en ligne et à leur retour peut permettre de réduire le gaspillage produit par l’industrie de la mode. “Plus on parviendra à sensibiliser à l’impact des achats en ligne et des retours, et plus simple ce sera pour nous de réduire nos émissions”, conclut Agustin Farias.
L’intelligence artificielle entre en scène pour accélérer la mutation de la mode vers une production plus raisonnée.

Traduction par Dario Rudy.
