Culture

Belle Burden raconte le divorce qui a bouleversé sa vie après 20 ans de vie commune

En mars 2020, Belle Burden découvre que son mari la trompe et décide de la quitter. Dans Strangers: A Memoir of Marriage, l’héritière Vanderbilt raconte l’infidélité, le divorce et la reconstruction.
Belle Burden raconte le divorce qui a boulevers sa vie après 20 ans de vie commune

La vie de Belle Burden a vacillé un premier jour de printemps. Le 21 mars 2020, à l’aube de la pandémie du covid, alors qu’elle est confinée avec sa famille sur l’île de Martha’s Vineyard, elle rate un coup de téléphone. Sur son répondeur, un inconnu a laissé un message dévastateur. Son mari entretient une liaison avec sa femme. Stupeur, trahison, tremblements. L’époux de Belle s’excuse et la rassure. L’affaire est terminée et ne signifie rien. Puis il se ravise, dès le lendemain. “Il est apparu sur le seuil de notre chambre, habillé, calme, une valise faite à la main. Il m’a dit qu’il pensait être heureux, mais qu’il ne l’était pas. Il m’a dit qu’il croyait vouloir notre vie, mais qu’il n’en voulait plus. Il m’a dit qu’il souhaitait divorcer, qu’il ne voulait même pas la garde des enfants. Et il est parti. Le choc était tel, je l’ai regardé partir. Je n’arrivais pas à bouger.” En un instant, vingt ans de mariage prennent fin.

Un récit autobiographique

De cet événement intime et de ses conséquences, Belle Burden a tiré un livre, Strangers: A Memoir of Marriage, devenu un best-seller spectaculaire dès sa parution et bientôt adapté au cinéma. Des femmes de tous les âges se sont reconnues dans son épreuve ainsi que dans les sentiments qu’elle décrit. Pour comprendre pourquoi, il suffit de remonter le fil des nombreuses narrations qui composent ce récit. À commencer par la lignée légendaire dont elle est issue. Par son père, Belle est une Vanderbilt, l’une des plus fameuses fortunes industrielles américaines. Par sa mère, elle est la petite-fille de Babe Paley, socialite, muse de Truman Capote et cygne glamour de Park Avenue. Ainsi, à New York ou ailleurs, on est difficilement mieux née. Les archives de Vogue consignent même les photos du mariage et des débuts dans la vie de ses jeunes parents, chics et souriants. Si le faste est flagrant, la félicité affichée sur papier glacé, elle, est de courte durée. Ils divorcent alors que Belle a à peine 4 ans. Chez les chanceux du monde, les apparences sont souvent trompeuses, dissimulant toutes sortes de secrets, de chagrins et de tromperies.

Belleburden.com

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“Ma grand-mère et ma mère ont été, chacune, longtemps, avec des hommes qui les ont trompées de façon éhontée. À les observer, j’ai intégré qu’on ne doit pas parler de ces choses-là, qu’on doit recoller les morceaux et protéger les hommes, malgré leur conduite. Je pensais avoir mis un terme à cet héritage en épousant quelqu’un qui n’avait pas de vie publique, qui ne flirtait pas avec les autres femmes. Mais j’ai fini par reproduire ce schéma.”

Pourtant, à lire Belle Burden, rien ou si peu ne pouvait laisser présager que son mariage se terminerait. En effet, elle livre sa vision d’un bonheur qu’elle croyait – jusqu’au jour de sa violente conclusion – presque parfait. “En 1998, nous sommes tombés follement amoureux. J’ai vécu toutes ces années avec la conviction d’avoir trouvé la complicité, l’intimité, l’amour véritables. Nous avions construit une famille merveilleuse. Je ne sais pas quand les choses ont changé pour lui.” Encore aujourd’hui, Belle peine à expliquer, à elle-même et surtout à ses enfants, les motifs qui ont poussé son ex-mari à les quitter. “Pendant la procédure de divorce, j’ai tenté de le convaincre d’une garde partagée, en vain. Il les voit de temps en temps. Mais il n’est jamais revenu sur sa décision. J’essaie de leur dire qu’il traverse quelque chose qui l’empêche de leur faire une vraie place. Je ne veux pas pour autant prétendre que cette situation est normale.”

De la rupture à la reconstruction

L’écriture n’éclaire pas tout, mais elle met en lumière certaines zones d’ombre et d’illusions. Très tôt, le mari de Belle Burden décide qu’il travaillera et qu’elle restera à la maison pour s’occuper des enfants. Un pacte qui semble les combler tous les deux. “J’avais l’impression que chacun faisait ce qu’il avait envie de faire. Je voulais être présente, donner à mes enfants ce dont j’avais manqué pendant mon enfance. Ce n’est qu’avec le recul que je vois comment l’inégalité s’est creusée entre nous.” Il construit sa carrière, tandis que Belle renonce à tout travail rémunéré. En même temps, elle achète leur appartement à New York, puis leur maison sur le Vineyard, avec l’argent que sa famille lui a légué. “Je l’ai fait par amour, sans me poser de questions.” Comme dans d’autres foyers, son mari prend en charge les dépenses et les finances, dont Belle se tient éloignée. “J’ai ma part de responsabilité parce que j’aurais dû m’impliquer dans cet aspect de notre vie. Il y avait un confort dans le fait de ne pas avoir à gérer ces choses-là.” Lorsqu’il survient, le divorce brise la sécurité et la protection qu’elle tenait pour acquises. Soudain, l’homme qu’elle aimait se mue en étranger. Pendant des mois, il exige sa part du mariage, prêt à mettre en péril ce qui constituait le quotidien de Belle et de ses enfants. En définitive, les deux partis trouvent un accord. Mais l’affrontement laisse à Belle des blessures indélébiles. Sa lente consolation passe par la reprise d’un rêve. Étudiante, elle s’imaginait écrivaine. Alors elle commence à retracer toute la vérité sur ce qui lui est arrivé. “Mon ex-mari voulait que l’on dise aux autres que notre séparation était amicale. L’idée m’était insupportable. Je ne pouvais pas mentir.”

D’abord publiés dans la rubrique “Modern Love” de The New York Times, ses mots sincères et sensibles deviennent un livre et font d’elle une auteure à succès. “Jamais je n’aurais choisi la vie que je mène aujourd’hui. Mais je me rends compte, à 57 ans, que j’avais perdu mon identité, que je retrouve enfin qui j’étais. J’ai gagné, en perdant mon mariage, une existence plus riche, plus intéressante que celle à laquelle j’avais aspiré.”

Strangers: A Memoir of Marriage, de Belle Burden. L’ouvrage en traduction française sortira en février 2027 aux éditions Robert Laffont.